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Document 3 : La loi vue par le journal "le petit
mantais" (extraits)
janvier 1906 :
" Le concordat est dénoncé par la loi du 9 décembre
1905 et depuis le 1er janvier la séparation est chose accomplie
entre les Églises et l'État. A l'heure actuelle, il faut
envisager la législation nouvelle telle qu'elle est et telle qu'elle
sera lorsque dans quelques semaines, le journal officiel aura promulgué
les décrets qui doivent compléter la loi.
Le premier de ces décrets a paru le 2 janvier et concerne l'inventaire
des biens qui appartenaient aux établissements publics du culte.
Nous nous bornons aujourd'hui a donner une analyse de ce décret
et a indiquer comment on doit le comprendre, ainsi que le parti a suivre
au moment de l'appliquer...
La loi du 9 décembre 1905 déclare qu'elle ne reconnaît
aucun culte et elle supprime les établissements publics de culte,
mais il ne suffit pas de produire de telles déclarations pour anéantir
tout un passé... Au cours du dernier siècle, les établissements
ecclésiastiques sont devenus propriétaires d'immeubles et
de biens immobiliers, l'État, les départements et les communes
leur ont en outre concédé la jouissance d'autres biens.
Que va devenir ce patrimoine ?
La loi le divise en deux fractions. Ceux des biens qui proviennent de
l'État... feront purement et simplement retour à l'État.
Les autres biens mobiliers et immobiliers seront dans un délai
d'un an transférés à des associations que la loi
désigne sous le nom d'associations cultuelles... La transmission
des biens doit être précédée d'un inventaire,
pour les énumérer, les décrire et notamment aussi
indiquer les noms des donateurs. C'est l'opération que le décret
du 2 janvier a prévu et qu'il a ordonné.
... maintenant que la situation
est nettement tranchée, il n'y a plus à revenir sur la décision
prise et nous devons faire l'expérience, peut-être difficile
d'une loi que le pays a du accepter sans l'avoir demandée ni approuvée...
Le gouvernement... pour éviter toute ambiguïté, a déclaré
qu'il n'avait pas à s'immiscer dans la nomination d'évêques
et d'ecclésiastiques qui ne dépendaient plus de lui qu'à
titre de citoyens. Il... doit au clergé la liberté qui lui
a été accordée en échange de la suppression
de son traitement."
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Document 4 : La loi vue par le journal : "le journal
de Mantes" (extraits)
mars 1906 :
"Bas les cartes MM. les curés, la partie est perdue. Je vous
rends cette justice que ce n'est pas votre faute, vous avez tout fait
pour déchaîner sur notre malheureuse patrie les horreurs
de la guerre civile. Cela démontre surabondamment que vous conservez
l'âme de l'inquisition et l'esprit de la Saint Barthélémy.
Seulement voilà, le peuple ne se prête nullement à
vos combines louches, à vos machinations royalistes, car vous nourrissez
l'espoir de restaurer la Monarchie. Ramener le Roi ou l'Empereur, lequel
des deux ? à propos d'inventaires, cette idée baroque ne
pouvait germer que dans des cervelles cléricales.
Or à l'heure présente, 65.000 inventaires sont terminés.
Il n'en reste donc à effectuer que 6 à 7.000 au plus. Sur
l'ensemble des opérations, 200 à peine ont donné
lieu à des incidents sérieux. 200 sur 65.000 ! Mesurez vos
forces ... Messieurs.
Au début, vous pensez entraîner la capitale; vous fomentez
une bagarre à Sainte Clotilde... A Versailles vous prenez soin
d'aveugler vos adversaires avec du poivre avant de les assassiner à coup de chandelier. Tudieu, quelle bravoure !
En Bretagne, les échauffourées se sont multipliées.
Et là, rien d'extraordinaire, cette province vous la dominez complètement.
Qu'est-ce que les recteurs* ont pu dire aux paysans, pour les amener à
saisir leurs fourches ? Quels mensonges ont-ils su accumuler ? ... On
peut tout créer, tout forger, même les théories les
plus grotesques, les bretons ne savent point lire et ils ne connaissent
point le français.
Vous enivrez un village, puis vous le lancez à l'assaut d'une école
laïque et vous avez grandement raison; Là gît l'ennemi;
Je ne connais pas l'instituteur de Saint Étienne de mer-morte*,
mais il détient une parcelle de lumière, un atome de vérité...
et sa classe fut saccagée de fond en comble...
En Haute Loire, la misère physique, la décrépitude
morale sont plus grands encore qu'en Vendée. Des cantons entiers
appartiennent aux hobereaux cévenols aussi ignorants que leurs
métayers... Partout le prêtre dupa, trompa odieusement ses
clients. On ne peut intervenir parceque ces gens sont complètement
illettrés.
... Le malaise que nous subissons provient des derniers soubresauts de
la Congrégation* à l'agonie. Avant six mois la France reprendra
sa tranquillité et la chouannerie cessera.
Gardez des atouts Messieurs les curés, en dépit de vos menaces
, la libre pensée triomphera.
* Recteur désigne le prêtre dans l'ouest de la France
* Saint Etienne de : petite commune de Loire Atlantique.
* Congrégation : Avec "C"1 association politico-religieuse
née sous le consulat, développée sous la restauration
et anti-libérale.
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Document 5 : Correspondance administrative.
(Le document reprend ici la 1ère et la dernière lettre
d'un ensemble plus complet.)
1 - Soeurs de la charité et de l'instruction chrétienne
de Nevers ; Établissement d'Epône.
Demande d'autorisation (Préfecture, 2e division, 1er bureau, 27
septembre 1901)
La congrégation a demandé l'autorisation prévue par
la loi du 1er juillet 1901 pour l'établissement situé à
Epône.
2 - (Lettre du Maire d'Epône au Président
du Conseil, Ministre de l'Intérieur, s/c M. le Préfet de
seine-et-Oise, 20 juillet 1910)
"Je soussigné Cacheux Alfred, Maire de la Commune
d'Epône, S. & O.,
ai l'honneur d'appeler l'attention des pouvoirs publics sur les faits
suivants :
En 1903, les soeurs enseignantes d'Epône de la congrégation
de la Charité & Instruction chrétienne de Nevers, ont
été expulsées.
Deux mois après, ces mêmes soeurs en costume religieux ont
réintégré la localité : expulsées comme
enseignantes, elles ont demandé à être considérées
comme hospitalières* ...
Je viens vous demander Monsieur le Ministre que ce provisoire ne dure
pas plus longtemps et je réclame pour la paix de la Commune le
rejet immédiat de la demande qu'elles ont présentée.
... Ayant conservé malgré la loi, leur habit religieux,
profitant de leur ancienne influence comme enseignantes, elles sont une
véritable plaie pour la commune, s'insinuant partout, maîtresses
absolues dans les principales maisons du pays, recevant des pensionnaires
dans leur maison, réunissant des jeunes filles en une sorte de
patronage et ce qui est plus grave faisant une propagande occulte en faveur
de l'école libre qui les a remplacées et a comme directrice
une ancienne religieuse.
Si la chose se continue, les sacrifices que la Commune d'Epône s'est
imposée au moment de la laïcisation pour construire des classes
nouvelles, seront en pure perte, malgré le dévouement des
maîtresses laïques, nos classes diminuent et l'école
congréganiste prospère.
A différentes reprises j'ai déjà signalé cette
situation
.
Je ne demande pas une faveur pour la Commune que j'ai l'honneur d'administrer
mais l'application stricte de la loi ; c'est à dire la fermeture
de cet établissement et prendre telles mesures, jugées nécessaires,
à l'égard des soeurs et toujours en conformité avec
ladite loi."
( Sources : Archives départementales)
* congrégation : Avec "c" désigne une communauté
religieuse qui vit selon des règles et peut exercer 1 fonction
sociale.
*hospitalières : le mot désigne ici une action sanitaire
et sociale.
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