VOYAGE A AUSCHWITZ BIRKENAU DES ELEVES DE SAINT MICHEL SUR ORGE

Le 5 décembre dernier, le Conseil régional d'Ile de France et le Mémorial du Martyr Juif organisaient pour huit classes de lycée, une visite du camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau. La 1° ES2 du lycée Léonard de Vinci de Saint-Michel sur Orge était invitée.  Il est trop tôt pour savoir ce que l'histoire retiendra du siècle dernier. Des évènements, des idées, des hommes, un temps considérés majeurs, seront oubliés ou ramenés à d'autres dimensions. D'autres moins remarqués seront mis sous une lumière nouvelle. Mais le questionnement majeur de l'enfantement de l'inhumanité par une civilisation prétendument supérieure subsistera. Nés en ces temps de barbarie, notre devoir est au moins de croire à cela, et faire en sorte, par l'étude, l'analyse et l'explication, que l'horreur soit connue et comprise.
    C'est l'enjeu de l'histoire.
    Après la Renaissance, l'humanisme du XVI° siècle et les Lumières, nous l'aurions voulue plus belle, l'Europe du XX° siècle avec son cinéma et ses avions, ses promesses de mieux être, ses croyances en un progrès infini et les pas de l'homme sur la lune. Nous avons eu ces bonheurs, et Auschwitz.
C'est cela qu'il nous faut accepter : affronter l'histoire dans sa démesure, dans son inquiétante complexité et tenter de lui donner du sens, même et surtout lorsque le chaos nous dérange. C'est cela penser Auschwitz, tout à la fois conjurer la peur de l'oubli, bousculer les dialectiques trop simples et porter sur l'homme ordinaire, un regard lucide mais dérangeant nos belles certitudes.
    Des hommes ordinaires allemands sous le regard d'hommes ordinaires polonais ont dans un paysage tranquille, nié à d'autres hommes ordinaires et fort peu différents, le droit d'être nés. Cette intolérable négation de l'homme a conduit les premiers à devenir bourreaux et les seconds victimes de l'extermination la plus radicale.
    Etudier les cartes, expliquer les chiffres, mettre des mots sur les émotions et des noms aux responsables, et remettre inlassablement le travail sur le métier, chaque année scolaire, c'est cela enseigner l'histoire. C'est aussi participer au travail de mémoire.
    Faut-il faire le voyage pour autant, la question mérite d'être posée. Faire pleurer ou faire comprendre? Car aller à Auschwitz, c'est accepter l'intrusion de l'émotion et prendre le risque qu'elle parasite l'ambition pédagogique. La Shoah est un objet d'histoire qu'il convient de décrypter ; c'est aussi une interrogation morale majeure qu'il faut poser.
    Georges Perec dont la mère Cyrla fut déportée et gazée à Auschwitz, affirmait qu'il fallait des guides pour conduire les autres parmi les lieux et les choses du temps. Un prof est aussi un guide.
Et un témoin. Avec mes élèves, j'ai visité Auschwitz-Birkenau, en les observant émus, vigilants, demandeurs, attentifs aux explications. Et mes souvenirs du camp seront à jamais sans doute, associés à leur image. Cinq heures sur place à arpenter le cœur serré, entre les baraquements et les ruines, cet espace de mort et de neige, tout en silence et en noir et blanc.
    Jean Cayrol terminait ainsi le commentaire de "Nuits et brouillards" en écrivant:
    "Et il y a nous qui regardons sincèrement ces ruines comme si le vieux monstre concentrationnaire était mort sous les décombres, qui feignons de reprendre espoir devant cette image qui s'éloigne, comme si on guérissait de la peste concentrationnaire, nous qui feignons de croire que tout cela est d'un seul temps et d'un seul pays, et qui ne pensons pas à regarder autour de nous, et qui n'entendons pas qu'on crie sans fin."
Je pensais à cela dans l'avion qui nous ramenait.
    Plus tard le temps viendra de l'étude, où le travail historique tentera de comprendre.

Patrick THIEBAUT, professeur d'histoire-géographie au lycée Léonard de Vinci à Saint-Michel sur orge.

Quelques témoignages d'éleves sur Auschwitz
Clémence: " Depuis notre enfance, on nous explique cette guerre et le processus de la solution finale. A force, on nous désensibilise, on banalise ces crimes. Ce n'est pas le but recherché mais les tas de cadavres et les photos de charniers désindividualisent les morts…on en oublie l'homme…Ce qui m'a touchée profondément, ce qui me fait pleurer quand j'y pense trop fort, c'est la photo de famille ou le portrait d'avant la guerre sous lesquels on peut lire" aucun d'entre eux n'est revenu." Maintenant quand je pense à cette visite…je revois des visages, des traits heureux et des traits tirés, tristes et faméliques. Je revois le regard sombre, fixe et débordant de douleur d'un enfant… Ces morts, je les pleure; je partage leur malheur et leur désespoir.."

Nathalie: "Je n'arrivais pas à réaliser l'horreur qui s'étalait devant moi…lorsque j'ai vu de mes propres yeux deux tonnes de cheveux ternis par les années, entassés dans une vitrine… Combien de corps appartenaient à ces cheveux?"

 

Maud: " Quand le car arriva à Birkenau et que je vis la célèbre entrée des trains, je compris que ce voyage serait un cours "grandeur nature". L'environnement me fit penser aux conditions que devaient endurer les déportés. Nous, nous marchions dans la neige avec des chaussures adaptées et des vêtements chauds. eux n'avaient que de simples pyjamas rayés." Mélanie:" penser que derrière chaque paire de chaussures, chaque mèche de cheveux, une personne était vivante…Tout cela n'est pas facile à réaliser lorsqu'on a seize ans."
Laury: "Nous sortons de ces camps avec un devoir de mémoire à transmettre aux plus de gens possible. La vue de tels lieux nous fait aussi réfléchir sur les conflits actuels et l'avenir."
Elodie: "Avant de partir, je ne comprenais pas bien comment des êtres humains avaient-ils pu infliger à d'autres de telles atrocités; après ce voyage, je le comprends encore moins."

Sébastien :
Une étendue de blanc,
derrière des barbelés,
devant nous s'étend.
Mes mains sont gelées.
Par un vent terrifiant,
je me demande comment,
Eux presque sans vêtements
pouvaient-ils survivre,
quand le froid nous enivre.
Eux, auraient-ils pu être nous,
persécutés, à genoux,
dans le sang et la boue,
sous le joug de la mort:
J'y pense et j'en frissonne encore.
Si je veux en parler
C'est pour ne pas oublier;
Et pour que nos enfants
Ne puissent connaître de tels camps.

Zoe: " A Auschwitz…j'eus l'espoir de voir sur les quelques listes, le nom de ma famille maternelle. J'ai eu un moment que je qualifie d'égoïste, car parmi les milliers de familles décimées en ces lieux, je cherchais mes racines. Aujourd'hui je considère qu'il y a un avant et un après voyage à Auschwitz. Je vis la période après Auschwitz où je savoure chaque instant que la vie m'offre, et en étant très fière d'être de descendance juive."


"
Thibault: "…dans le camp, on ne pense plus à rien, on regarde silencieusement, on essaye d'analyser les situations …mais cela semble tellement inhumain. Comment l'homme a-t-il pu infliger de telles souffrances? Chaque détail qu'on nous livre nous écrase."

Delphine: "Maintenant je me considère utile du fait que je pourrai et devrai raconter ce voyage.

 

Emilie: " Ce qui m'a le plus étonnée, c'est que ce camp est immense, je ne l'imaginais pas comme cela."
L'A.F.M.A. (Association Fonds Mémoire d'Auschwitz) organise toute activité
de mémoire et transmission, actions pédagogiques et manifestations
culturelles relatives à la persécution et déportation.
Pour la visite de l'ancien camp de Drancy et l'organisation du voyage à
Auschwitz-Birkenau, contacter Madame Jeannette MORAUD, présidente de
l'A.F.M.A. (01 48 32 07 42).
http://www.afma.fr