QUELQUES CLÉS POUR COMPRENDRE L'IMMEUBLE D'HABITATION.

- Présentation :
"Composer, recomposer dans la ville" : le thème de la première journée est ambitieux et de ce point de vue, l'exposé brillant de M. Patrick CELESTE s'est efforcé à nous proposer un fil directeur plus ténu et une problématique plus resserrée. Qu'elle place tient l'habitation, l'immeuble collectif d'habitation dans l'occupation de l'espace bâti et dans l'art de l'architecte ?
Patrick CELESTE est architecte, enseignant à l'école d'architecture de Paris-Malaquais;

- Compte-rendu :
1) - Essai de définition et rappels historiques
:
L'immeuble collectif est un contemporain urbain; Le premier usage du terme date du 18ème siècle, les premières manifestations en son les construction de la place Saint Sulpice à Paris. Dans sa fonction, il remplace les pièces louées des maisons bourgeoises et des hôtels particuliers.
Dans son organisation, l'immeuble est partagé en appartement prévu pour 1 occupant ou pour 1 famille. Il est divisé en plusieurs pièces, qui ne seront réellement précisées ( dans leurs fonction et sur les plans ...), qu'au 18ème et surtout au 19ème s., avec l'évolution des modes de vie. L'organisation est d'emblée régulière et géométrique, bien délimitée.
L'immeuble donne alors l'image d'un idéal insurpassé :celui de la mixité sociale; Par son regroupement de différentes classes sociales il constitue une unité économique en lui-même.

2) - Quels rapports l'immeuble d'habitation entretient-il avec l'architecture ?
L'immeuble se place d'entrée aux marges de la création architecturale, car c'est très tôt le règne de l'anonymat qui domine ( société d'assurance, sociétés financières...), alors que l'oeuvre de l'architecte ne se conçoit pas sans un commanditaire précisément identifié.
Cependant et cela peut sembler paradoxal, au 18è-19ème s. l'immeuble participe à sa petite échelle, à l'embellissement de la ville. Dans tous les cas il doit montrer son rang ( cf. Haussman ). Quelque soit la construction, il y a toujours une vision idéale, une autosatisfaction des architectes et des maîtres d'oeuvre.
Le logement social apparaît au environ de 1860 avec un essor jusqu'à la fin du 19ème s. (cf. Cité Napoléon ...). Sous l'effet des discours paternalistes, des actions des penseurs sociaux, il y a une réelle évolution du logement en France. Il devient source d'innovation ( pour intégrer les principes des hygiénistes...).. On peut dire que l'architecture domestique entre de plein pied dans l'Urbanisme.
Cette situation de l'immeuble intégré à la ville ne change pas fondamentalement le visage des cités.
En multipliant par 2 ou 3 la surface de la ville, les années 50 créent un grand désarroi. " 5 siècles bousculés par une décennie".
La situation à la fin du 20ème s. a donc vu se multiplier la juxtaposition de 2 entités miîtrisables et jointives : la ville - le grand ensemble.
Comment parler aussi d'embellissement urbain ( esthétiquement saisissable par le dessin et la maquette ), quand nous connaissons aujourd'hui un continuum urbain qui noie tout tissu réel.
3) - Quelle plastique pour l'immeuble ?
Depuis l'après première guerre mondiale, c'est la diversité qui prévaut. Il y a une grande autonomie de l'immeuble social comme oeuvre architecturale. L'habitude des concours renforce la concurrence et la création.
Si toute typologie semble difficile dans le domaine de la plastique extérieure de l'immeuble, c'est peut-être aussi du fait d'une donnée nouvelle davantage prise en compte : l'intention de l'architecte...
Cela étant il y a toujours une part importante accordée au décor, ne serait-ce que pour des raisons techniques, de sécurité ou de protection. Vitraux et pavés de verre pour éclairer les cages d'escalier... Pâte de verre et céramique pour protéger le béton fin et poreux ...
Depuis un vingtaine d'années on assiste à une réaction par rapport à la modernité des années 60. Les destructions-rénovations ( friches, taudis...) peuvent rester massives, mais on essaye de retourner à des entités plus classiques, avec rues, places... de réintroduire de la mixité urbaine, dans une ville perçue comme intégrative ( appartement locatifs, sociaux ou non, logements pour personnes âgées, ateliers d'artistes... bureaux...).
Plusieurs directions créatrices sont suivies, parmis lesquelles nous distinguerons "la ville du 3ème âge" avec Christian de Portzamparc. Chaque édifice devient un objet autonome, dans la forme, la couleur, les matériaux... sans référence à des mouvements architecturaux passés. Il faut réinventer les formes.
La réhabilitation : De plus en plus fréquente car la ville a épuisé la quasi totalité de ses terrains. Une plus grande attention est aussi portée au patrimoine bâti ( Action des politiques, des comités de défense...). Cela mène à des action limitées, de petites opérations urbaines qui se font avec l'accord des riverains. Le travail est ici de nature plus fine et revient à oeuvrer pour un particulier pour le profit de la collectivité, dans un schéma plus classique d'embellissement de la ville.

Exploitation possible :
Cet exposé peut nous fournir quelques entrées pour aborder les programmes sur les transformations sociales au 19ème s. Il éclaire aussi les bouleversements des l'après seconde guerre mondiale. La compréhension des paysages urbains en géographie peut aussi en tirer profit. Pour les collègues d'histoire des arts ou ceux qui voudraient faire un travail plus précis ( cours, module, TPE...) ce court texte doit être le point de départ des recherches complémentaires dont nous proposons ici une liste nullement limitative.

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