"les races supérieures ont un droit vis à vis des races inférieures. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures" Jules Ferry. Quelle éducation pour les colonisés ?
 
Document 1 : l'opinion du général Lyautey sur l'enseignement donné par les écoles missionnaires.
Si l'on objecte la faiblesse relative de l'enseignement pédagogique généralement donné par les missions, j'oserais dire que c'est peut-être là précisément qu'est leur avantage. Le petit bagage de français et de connaissances générales qu'elles donneront à leurs élèves est bien probablement tout ce qui leur faut de longtemps, et l'enseignement officiel [...] sera toujours là pour donner une instruction intensive à un aussi grand nombre d'apprentis fonctionnaires et employés qu'il sera nécessaire. Par contre, avec les missions, la stabilité de leurs membres, leur connaissance des indigènes, on sera assuré d'une direction morale et sociale qui n'est pas à dédaigner. Quant à l'enseignement professionnel et agricole, auquel il importe tant de donner autant d'intensité que possible, les missions sont toutes disposées et préparées à entrer dans cette voie. L'enseignement primaire ainsi conçu, avec des visées moins ambitieuses qu'aujourd'hui, éviterait un grave péril déjà menaçant : la formation d'une population de déclassés auxquels on ne pourrait donner d'emplois, et tout préparés à former une classe de mécontents et de besogneux.
Général Lyautey, Lettres du sud de Madagascar, 1900- 1902
Document 2 : Extrait d'un manuel scolaire des frères de Saint-Gabriel, au Congo belge, 1937 - l'original est en langue lingala- Document 3 : Cours de couture dans une école des soeurs de la charité à Nsona-Mbata, Congo belge, 1910.
LES CONGOLAIS, leçon 2, (p.8.)

Le Congo est un grand pays renfermant la forêt et des eaux. Dieu y a mis beaucoup de bêtes pour nourrir les hommes. Les Noirs vivent au Congo. Jadis ils étaient des sauvages, mais actuellement leur intelligence s'est développée, rapidement. Nous remarquons que beaucoup d'argent sort des mains des travailleurs. Quelques Noirs sont capables de s'acheter un vélo ou une machine à coudre.
Mais la richesse de la terre est vaine devant Dieu. Les prêtres sont arrivés chez les Noirs pour apprendre aux sauvages la foi en Dieu. Beaucoup de Noirs se sont convertis à leur enseignement. Voilà pourquoi nous rencontrons de nombreux bons chrétiens au Congo.
Les prêtres soignent L'âme des Noirs ; des médecins soignent le corps des malades. A dire vrai, la terre du Congo est en train de progresser sur la voie de l'éducation. Nous rendons grâce à Dieu pour avoir envoyé des Belges dans notre pays.

Sewing class in the Mission of the Daughters of Charity, Nsona-Mbata, Belgian Congo
Unknown photographer
Document 4 : Les écoles et l'enseignement en Afrique occidentale au début d XXe siècle

Derrière les pupitres de bois blanc, toutes ces têtes rondes aux cheveux rasés semblent autant de noix de coco dans lesquelles on aurait planté deux escarboucles. Tout de suite nous sommes surpris de l'application, du sérieux, de l'air attentif et grave de ces écoliers. " Ils sont beaucoup plus sages que les petits Français " déclare l'instituteur. C'est le moment de la leçon de langage […] le maître fait sa leçon en français et rien qu'en français. Des tableaux coloriés sont pendus au murs, représentant des animaux, des plantes, des objets en tout genre. […] Il y a environ 150 de ces écoles [de village]. On envoie dans les écoles régionales les meilleurs élèves des écoles de village. Dans les écoles urbaines, le programme est analogue à celui de nos écoles de France. Disons-le nettement, cette analogie est une erreur. C'est un méfait de plus à l'actif de la néfaste théorie de l'assimilation. Pourquoi traiter en élève ordinaire, prêt à recevoir un enseignement complet, ce rejeton encore barbare, cette petite pousse sauvage de la brousse qui ignore tout de notre civilisation ? N'a-t-on pas suffisamment à faire avec l'enseignement de la langue française, la lecture, l'écriture et un peu de calcul ? La diffusion de notre langue, son maniement aisé par l'indigène, doit être notre but principal. C'est par la propagation du français parlé plus qu'écrit que nous verrons grandir notre influence. […] L'esprit pédagogique - qui se confond trop souvent avec l'esprit pédant - se complet aux difficultés […] Le maître voue aussi trop d'attachement personnel aux extractions de racines carrées et aux preuves par neuf. Et il y a des classes de dessin, d'histoire, de géographie ! Temps perdu que tout cela et sûr moyen de rebuter un élève docile et plein de bonne volonté.

Louis Sognolet, Le Tour du Monde, 1902.

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