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Une
image de la religion chrétienne avant la Réforme
LE RETABLE D'ISSENHEIM de Matthias Grünewald, musée Unterlinden, Colmar |
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| En
1512, le peintre Mathis Gothard Nithard, plus connu sous le nom de Grünewald
(1475-vers 1528), reçut commande du couvent des Antonins d'Issenheim,
à une vingtaine de kilomètres de Colmar, de peindre des volets
pour le retable sculpté du maître-autel de leur église.
Il reprend alors le type du retable à transformation dont de nombreux
exemples sont connus dans la région du Rhin supérieur depuis
le XVe siècle. Ces retables étaient placés dans le
chur surélévé de quelques marches, pour être
mieux vus, derrière l'autel, d'où leur nom qui vient du latin
retro et tabula (des exemples sont encore visibles dans le Pays de Bade
à Fribourg et à Brisach). Le retable d'Issenheim fut sauvé
de la destruction du monastère pendant la Révolution et mis
à l'abri à Colmar ; il est entré dans les collections
du musée d'Unterlinden en 1852. Le programme iconographique du retable d'Issenheim illustre la vie de Jésus et celle de saint Antoine l'ermite (vers 251-356), patron de l'ordre des Antonins. Connu par le récit merveilleux de saint Athanase, évêque d'Alexandrie, saint Antoine, retiré au désert, mena une vie d'ascète rythmée par les assauts répétés du démon et les visites des malades cherchant la guérison. L'ordre des Antonins suivit l'exemple de son saint patron en développant une activité hospitalière, en particulier en luttant contre le feu sacré, ou ergot du seigle, qui a plus tard été identifié à la gangrène. Fondés au XIIIe siècle, les Antonins s'inspirèrent des ordres mendiants et vécurent de collectes (saint Antoine est souvent représenté avec un cochon qui rappelle ces collectes). Le retable d'Issenheim est une uvre de grandes dimensions, 3,30m de haut et 5,90m de large. Il comprend une double série de volets qui s'ouvrent sur la caisse sculptée. Afin d'en faciliter l'observation et d'éviter de trop nombreuses manipulations préjudiciables aux charnières les trois ensembles sont présentés séparément. Leur installation dans la nef de l'église de l'ancien couvent d'Unterlinden restitue partiellement la présentation originelle du retable. Le
retable femé représente la Crucifixion
encadrée par les images de saint Sébastien à gauche
et saint Antonin à droite. Sous la scène centrale, la prédelle
montre une mise au tombeau. Si la représentation de la Crucifixion
est courante sur les retables, le traitement qu'en fait Grünewald
est caractérisé par le dépouillement de la scène
réduite à quelques acteurs et la violente émotion
qui s'en dégage. Sur un ciel presque noir se détachent le
Christ crucifié, Marie soutenue par saint Jean, Marie-Madeleine,
saint Jean-Baptiste et l'agneau pascal. Pour exprimer l'intensité
exceptionnelle de la scène, Grünewald utilise des notations
relevant les unes d'un réalisme morbide (le corps du Christ porte
les marques de la flagellation, y compris les épines ; les clous
déchirent ses mains et ses pieds) les autres d'une suggestion non
réaliste (le corps du Christ, grandi jusqu'à la démesure,
fait ployer la traverse de la croix). C'est le moment tragique de la mort
du Christ dont la tête vient de retomber sur le côté
alors que la bouche entr'ouverte, aux lèvres bleuies, semble encore
chercher un peu d'air. Au pied de la croix, Marie, silhouette cassée,
rejetée en arrière, est soutenue par saint Jean, l'apôtre
préféré, visage crispé par la douleur. Marie-Madeleine,
agenouillée, joint ses mains en avant dans un geste de déploration.
De l'autre côté de la croix, saint Jean-Baptiste, solidement
campé sur ses jambes, ne participe pas au violent désespoir
des autres personnages. Déjà mort au moment du drame, il
n'en est pas un acteur mais un témoin qui réapparaît
pour rappeler l'accomplissement de la prophétie rapportée
par l'Evangile de Jean que Grünewald a reproduite au-dessus de son
index pointé vers le Christ : ILLUM OPORTET CRESCERE. ME AUTEM
MINUI. (Il faut qu'il croisse et que je diminue). La prophétie
évoque le passage du monde de l'âge de la Loi dans l'âge
de la Grâce, de l'Ancien au Nouveau Testament. Saint Jean-Baptiste
est accompagné de l'agneau qui saigne dans le calice, élément
traditionnel de son iconographie. La
première ouverture du retable est constituée de
quatre panneaux qui représentent, de gauche à droite, l'Annonciation,
la Nativité et le concert des anges, la Résurrection.
L'Annonciation se déroule dans une église
gothique du type de celles de la région du Rhin supérieur.
Grünewald évoque l'apparition soudaine de l'Ange Gabriel par
le mouvement de son manteau qui se relève de façon peu réaliste,
tandis qu'on ne sait pas si ses pieds touchent effectivement le sol. Dominant
la Vierge de sa grande taille, il surprend la jeune fille au moment où
elle médite la prophétie d'Isaïe ; on peut lire sur
le livre ouvert devant elle, au centre de la scène : ECCE VIRGO
CONCIPIET ET PARIET FILIUM ET VOCABITUR NOMEN EUIS EMMANUEL (une vierge
sera enceinte, elle enfantera un fils et il sera appelé Emmanuel).
La scène représente donc le moment précis où
la prophétie se réalise. Dans l'angle supérieur gauche,
le peintre a représenté le prophète Isaïe. |
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| Intérêt
pédagogique Peint entre 1512 et 1516, le retable d'Issenheim représente les grands moments de la vie de Jésus, Annonciation faite à Marie, Nativité, Crucifixion, Résurrection. Il rappelle aussi la place des saints dans la pratique quotidienne de la religion. Il illustre ainsi les croyances fondamentales de la religion chrétienne et permet d'approcher la religiosité occidentale à la veille de la Réforme. On voit tout le parti que le professeur enseignant l'âge de la Réforme peut en tirer. De ce point de vue, une comparaison avec le retable de l'église saint Pierre et saint Paul de Weimar peint une vingtaine d'années plus tard par Lucas Cranach l'ancien serait éclairante. Au plan stylistique l'uvre de Grünewald rappelle que, parallèlement à la Renaissance italienne avec laquelle des échanges réciproques nombreux ont eu lieu, une école du Nord, à la fois flamande, bourguignonne et allemande, a largement contribué au renouveau de la peinture depuis le XVe siècle. Par la maîtrise de la composition centrée sur les personnages majeurs, le recours aux notations réalistes comme aux suggestions " irréalistes ", l'utilisation d'une palette où dominent les couleurs pures, Grünewald atteint une puissance d'expression saisissante qui traduit, encore aujourd'hui, la sensibilité et le mysticisme de l'Occident d'avant la Réforme. |
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| Eléments
de bibliographie - Heck, C., Unterlinden, guide du visiteur. Colmar, 1981. - Lecoq-Ramon, S., De Paepe, P., Le musée d'Unterlinden de Colmar. Paris, 1991 - Béguerie, P., Bischoff, G., Le maître d'Issenheim. Grünewald. Tournai, 1996 - La collection Palette a consacré une vidéo au retable d'Issenheim. |
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Paul
Stouder, IA- IPR
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