LA FAÇADE ATLANTIQUE DE L'AMERIQUE DU NORD

Conférence de G. DOREL – Professeur des universités - IGEN Auteur de :  La puissance des Etats (Documentation photographique)

Le choix de la façade atlantique pour illustrer la puissance des Etats-Unis est pertinent, plus que la façade ouest, parce que c'est un espace de puissance mais aussi un lieu de pouvoirs.

Derrière le concept de heartland il n'y a pas que les Etats-Unis, on prend aussi en compte le cœur canadien passant par Toronto et Ottawa et le golfe du Mexique qui s'ouvre aujourd'hui vers la façade atlantique.

Objectifs de la conférence : montrer comment un espace géographique s'inscrit comme un espace privilégié de la puissance des Etats-Unis, en prenant en compte le Canada et le Mexique.

Définition : le concept de façade, plus large que celui de littoral, doit être considéré comme un système géographique délimité par des espaces encadrant les régions littorales reliées par leur plus ou moins grande proximité de l'océan et un arrière-pays - interland - qui inclut les régions en relation directe avec le littoral.

Les relations sont assurées par des moyens lourds de communication : canaux à grand gabarit, réseaux ferroviaires, autoroutiers.

La façade atlantique d'Amérique du nord dont font partie le Canada, les Etats-Unis et le Mexique, correspond aux régions qui font face à l'océan Atlantique. Ce littoral s'allonge du 60° parallèle au tropique du cancer sur plus de 5000 km.

Trois grandes entrées (géo-histoire, géodynamique, mondialisation) sont proposées pour analyser et comprendre cet espace géographique, et aborder les concepts indispensables pour présenter cette question d'une façon synthétique et systémique qui débouche sur un croquis.

·          La géo – histoire :

Il convient d'évoquer le partage colonial du continent. Il y a façade, donc des rapports avec l'avant-pays océanique. Ce partage colonial se termine par l'intégration du continent sous la houlette étatsunienne. Ce rappel se fait à partir d'une carte de l'arrivée des Européens.

Les Espagnols arrivent par le sud, jusqu'au golfe du Mexique. Ils fondent San Augustin, la ville la plus ancienne des Etats-Unis. Le littoral du golfe du Mexique n'est pas facile d'accès. C'est le cas pour Tampa (Fl.),  Mobile (Al.) ou le delta du Mississippi.

Les Européens du nord, Britanniques, Hollandais, Français arrivent par le nord. La route est plus courte, mais aussi plus dangereuse. Jacques Cartier explore le St Laurent (1535). Sur la côte nord-est, les Britanniques (arrivés dans la baie d'Hudson) sont en concurrence avec les Hollandais qui fondent New Amsterdam (New York) pour le contrôle du continent et de la façade atlantique nord.

La liaison depuis la baie d'Hudson permet un débouché sur le lac Erié fera la fortune de New York : Hudson river - Mohawk river – lac Ontario – lac Erié eux-mêmes reliés par le canal qui courcircuite les chutes du Niagara.

Le partage du continent se fait assez tôt par les portes d'entrée océaniques (St Laurent, baie d'Hudson, Delaware, baie de Chesapeake) qui ouvrent le littoral vers l'intérieur.

Ainsi, des deux gandes pénétrantes naturelles, New York s'impose. Sa situation géographique, au regard du milieu, lui a permis cette fortune.

Il existe une autre pénétrante, par le St Laurent (Canada indépendant en 1867), mais il ya les rapides de Lachine (au sud de Montreal), les chutes du Niagara. De plus le fleuve est pris par les glaces en hiver.

Le nombre joue pour les Britanniques : plus d'un million sont présents sur le littoral en 1763, alors que les Français ne sont que 70 000 au Québec et à St Pierre et Miquelon (commerce de la morue).

Les Etats-Unis indépendants en 1783, naissent comme puissance. La poussée de Washington se fait surtout vers le sud. La Louisiane est rachetée à la France en 1803. Les Espagnols présents mais défaits après les guerres vendent la Floride en 1819 ; le Mexique proclame la république en 1824. Le pouvoir mexicain ne s'intéresse pas à l'océan.

La poussée se fait ensuite vers le Texas : indépendant en 1836, il est annexé par les Etats-Unis en 1845.

En un demi-siècle, la frontière étatsunienne est portée du Maine au Rio Grande del Norte.

Donc, trois Etats se sont partagés la façade atlantique à des dates différentes. Trois Etats différents par leur population, leur culture surtout anglophone, leurs organisations juridiques, leurs économies.

L'intégration va se faire par l'économie sous l'impulsion du capitalisme étatsunien. Par exemple le Brasero program en 1942 permet de faire venir de la main d'œuvre mexicaine sous contrat en échange du tirage de l'eau du Rio Grande. Dans les années cinquante, les investissements du grand capitalisme étatsunien se portent sur la frontière nord du Mexique plutôt que de faire venir la main d'œuvre. Depuis une décennie, l'intégration de la façade atlantique se fait par l' ALENA (1972) qui parachève l'union économique sans pour autant ouvrir les frontières à la main d'œuvre.

La géo-histoire fait donc apparaître la hiérarchie des lieux ; la hiérarchie des Etats ; la hiérarchie des économies.

·          La géodynamique :

L'intégration continentale se décline sous différentes formes : par les flux humains (mouvements migratoires) ; les flux de marchandises et financiers ; le métissage culturel.

Mouvements migratoires :

Cette façade du Canada et des EtatsUnis est la porte d'entrée privilégiée des migrants. Montreal, Toronto, New-York, Philadelphie restent aujourd'hui encore, les grandes portes d'entrée. Les deux-tiers des migrants y arrivent. S'y ajoute la porte d'entrée californienne.

- Les migrations de la misère depuis l'Amérique Latine et des Caraïbes renforcent le caractère latino du sud de la façade. A New York on parle des ghettos noirs (Harlem), mais on parle aussi beaucoup du Spanish Harlem où les Latinos Yankees sont absorbés par les Latinos Dominicains.

Cette latinisation se renforce à Montreal, Toronto, Chicago, New York, Philadelphie ou Miami devenue une métropole latino par la présence de nombreux réfugiés Cubains.

- Les migrations de réfugiés politiques des années 80-90 sont également à prendre en compte.

- Les bourgeoisies latino-américaines s'installent-elles comme touristes ou boubles résidents ? Elles ont souvent deux capitales : la leur et Miami où l'on trouve des quartiers argentin, brésilien, venezuelien.

- Les migrations touristiques : le sud est la grande façade touristique de l'Amérique du nord. La Floride accueille 40 millions de touristes par an : c'est la première région touristique mondiale. 

On retrouve la ségrégation linguistique et même entre les âges avec la multiplication des suncities.

Quelles que soient les migrations, la lecture se fait à toutes les échelles : continent, façade, ville, quartier.

Flux de marchandises et flux financiers :

Un distingo nord – sud apparaît.  On assiste à deux évolutions de qualité différente.

Au nord, les grands foyers industriels et les ports sont devenus des métropoles de niveau mondial : "la forge est devenue la banque".

Au sud, d'une économie de comptoir colonial on est passé à une économie métropolisée, dynamisée par l'agri-business, le tourisme, les nouvelles technologies.

- Les matières premières : pétrole et gaz se trouvent dans le golfe du Mexique, au Texas et en Loisiane. Ces ressources arrivent à épuisement. Le phénomène hydrocarbure joue à plein au Mexique (golfe de Campêche) qui est l'une des toutes premières puissances pétrolières du monde sous l'ombre et le protectorat des Etats-Unis. Le pays produit aujourd'hui 200 millions de tonnes de pétrole, dont  94% sont exportés vers les Etats-Unis ! L'économie mexicaine est effondrée, les emprunts aux Etats-Unise se chiffrent à 50 milliards de dollars. Les ventes de pétrole sont inscrites sur la ligne créditrice des Etats-Unis ! C'est là un exemple d'intégration.

- Les ressouces agricoles : la forte poussée des cultures tropicales se fait sous l'influence des grandes firmes du nord-est qui contrôlent les productions. L'agrumiculture en Floride (concurrencée par Sao Paulo) est dominée par Coca-Cola et Tropicana. L'appui technique, financier, commercial des Etats-Unis a permis le développement de l'agriculture sur le littoral du golfe du Mexique. Les richesses produites sont consommées sur place au Mexique. Là encore, il y a une hiérarchie.

- Les flux financiers : au sud des Etats-Unis on voit se développer de véritables métropoles industrielles, par la délocalisation en provenance du nord-est et , depuis une trentaine d'années, par l'apport de crédits destinés à la recherche-développement. Les crédits en provenance de Houston (NASA) ont favorisé le sud (Cap Kennedy – Fl.). Des métropoles qui deviennent indépendantes par leur richesse.

Pour le nord-est il convient d'évoquer les puissants foyers que sont la megalopolis et la main street America. La seeway permet aux navires de remonter jusqu'à Chicago depuis 1959.

Chicago, Detroit, Windsor, Cleveland,Toronto : toutes ces villes ont des fonctions portuaires et industrielles. Ce sont des ensembles complexes d'activités de nature différente, même si les activités de commandement dominent.

Sur cette façade se trouvent les places boursières mondiales comme New York et Chicago. Toronto est le premier centre financier canadien, Montreal occupe la deuxième place.

Miami est la deuxième place bancaire des Etats-Unis (après New York) pour tout ce qui est placements de capitaux d'Amérique Latine, faisant fonction de refuge. L'argent blanchi aux Caïmans, aux Bahamas  est transféré à Miami dont le centre offre une accumulation de banques mais où les seuls clients sont étrangers. C'est le havre financier du continent. C'est, là encore, un exemple d'intégration.

Metissage culturel : il y a anglosaxonisation parce que l'anglais est la langue véhiculaire, mais il existe des môles de résitance. Le Quebec et le Nouveau Brunswick sont francophones, de même que bon nombre de paroisses louisianaises (mais là c'est anecdotique). La marée latino – hispanophone est assez puissante pour maintenir l'espagnol à côté de l'anglais. De plus les migrants latinos sont portés par une langue et une culture puissantes. Ils viennent de pays différents mais parlent tous espagnol (sauf au Brésil). Ceux qui arrivent disposent d'une culture et d'une civilisation suffisamment fortes pour maintenir l'espace : le bilinguisme tend à se repandre comme au Texas, par exemple.

Il y a donc un phénomène d'intégration et de métissage culturel.

·          La mondialisation :

Se décline ici par la place exceptionnelle de certaines villes, les world cities : New York, Chicago, Toronto. Ce sont des places financières de premier plan, des lieux de concentration d'activités, des centres de décisions, des places aéroportuaires de premier ordre, des ports, bien que moins puissants que ceux de l'Europe rhénane. Ces villes jouent un rôle majeur dans les échanges d'information, exercent une exceptionnelle attractivité migratoire sur le reste du monde. Le brain drain attire des migrants de haut niveau.  Elles ont la capacité de conserver ce rang de world cities.

Autour de Boston, la Route 128 représente deux fois la Silicon Valley californienne. A cela s'ajoutent la puissance de la mode, des medias, des éditions, des arts. Ces éléments sont moins faciles à décrire, mais présents dans l'espace.

Une hiérarchie des lieux forts se met en place :

Premier niveau :

·          La megalopolis ( Boston, New York, Philadelphie, Baltimore, Washington)

·          La main street avec Chicago et Toronto qui se placent au même niveau.

Deuxième niveau :

·          Les villes du littoral : Houston, Dallas, la Nouvelle Orléans.

·          L'arrière – pays : Atlanta, Miami, Montreal. Côté Mexique, les villes ont moins de poids (Veracruz, Tampico). Monterrey pourrait être placée dans cette deuxième strate.

Le croquis  fait apparaître cette concentration littorale : megalopolis – main street america – arrière-pays.

A.M. DESTEFANIS – Clg Les Prés. Montigny-Le-Bretonneux.